Saint-Tropez ... For Ever

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Matisse : un été à St-Tropez ...

 

"La danse" peint en 1920 est l'un des plus célèbres tableaux de Henri Matisse (NAMUR-LALANCE/SIPA )

Parfois, les disputes ont du bon. En 1904, Henri Matisse, son épouse Amélie et Jean, leur fils cadet, passent l'été à Saint-Tropez. Ils logent à La Ramade, un cabanon au-dessus de la plage des Graniers, tout près de La Hune, la villa de Paul Signac. C'est lui qui a fait venir Matisse dans le petit port varois. C'est avec lui qu'il se disputera.

Seulement six années séparent les deux hommes. Matisse a déjà 35 ans, mais il est encore un peintre qui se cherche. Signac, 41 ans, a fondé avec Georges Seurat le pointillisme, publié en 1899 un ouvrage décisif, « D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme », et préside la Société des Artistes indépendants. Bref, c'est un homme qui compte dans le milieu de l'art. Il est aussi le gardien exigeant du temple pointilliste.

Alors quand Matisse lui montre « la Terrasse, Saint-Tropez », qu'il vient de peindre, Signac critique la touche, trop large selon lui. Matisse le prend très mal. C'est le clash. "Matisse rentre furieux à La Ramade", raconte Jean-Paul Monery conservateur du Musée de l'Annonciade (1) à Saint-Tropez. "Pour le calmer, Amélie l'emmène sur la plage avec le petit Jean." Il peindra "Le Goûter", la première grande toile fauve.

Voilà sa façon de répondre à Signac ! Un chef-d'oeuvre pour envoyer balader les règles pointillistes et, surtout, trouver sa voie. Mais Matisse ne rompt pas les amarres avec le néo-impressionnisme. L'autre version du « Goûter » que Matisse peindra à Paris durant l'hiver 1904-1905, loin de la tutelle tropézienne de Signac, est d'une facture divisionniste. Son nom ? "Luxe, calme et volupté" (en hommage aux vers de Baudelaire), acheté très tôt par... Paul Signac, qui l'accrochera dans sa villa tropézienne. La brouille artistique aura été de courte durée.

Matisse au début des années cinquante
Matisse au début des années cinquante (LIDO/SIPA )

C'est embêtant à dire, mais Matisse ne se plaît guère à Saint-Tropez. "Il crève de chaud, il en a marre", raconte Jean-Paul Monery. Alors l'été suivant, il n'y reviendra pas. Son ami Albert Marquet (dont le tableau "Saint-Tropez, le port" est exposé à l'Annonciade), Henri Manguin ("Baigneuse à Cavalière"), Charles Camoin ("La Place aux Herbes") prennent la relève.

Matisse préfère Collioure, où il passe l'été 1905 avec André Derain. "Il n'a toujours pas tourne la page pointilliste, Derain s'en plaint", poursuit le conservateur. Mais tout est prêt pour le coup de grâce et la naissance du fauvisme.

Le Musée de l'Annonciade possède l'une des oeuvres clés de cette période : "La gitane". Les couleurs, en aplats, sont violentes, le violet explose, le modèle vous fusille du regard. La dispute de Saint-Tropez est loin. Matisse s'est libéré.

 Matisse sculpteur

Henri Matisse n'a pas de chance avec ses illustres confrères. Vers l'âge de 30 ans, il rend visite à Auguste Rodin pour lui montrer ses dessins : "Jeune homme, il faut travailler d'avantage !" répond en substance le sculpteur.

Matisse ne se laisse pas démonter. Mieux, il  fera de la sculpture tout sa vie, mais "comme un peintre". Elle lui permet, dit-il, "de mettre de l'ordre dans son cerveau". A le lire, on croirait qu'il s'agit d'un échauffement, presque d'une sous-pratique artistique !

"Matisse  a besoin de sculpter"  explique Jean-Paul Monery, conservateur du musée de l'Annonciade. L'artiste exploite admirablement la puissance créative de la matière. "On sent ses doigts, ses pouces sur ses œuvres ", s'enthousiasme le conservateur.  Matisse réalise 84 sculptures, dont 5 sont exposées tout l'été au musée de l'Annonciade dans la formidable exposition  "La sculpture des peintres". 

On y voit aussi des œuvres de Giacometti, Degas, Renoir, Rouault, Gauguin, Arp…  et Picasso avec quatre sculptures, soit une de moins que Matisse, son ami et concurrent. Alors au paradis des peintres qui, sans conteste doit se trouver dans le ciel de méditerranée, on imagine Pablo bisquer et Henri se rengorger ! C.F

 

(1) Musée de l'Annonciade. 2, rue de l 'Annonciade, 04 94 17 84 10, annonciade@ville-sainttropez.fr, ouvert t. l. j. (10-12h, 14-18h), sauf le mardi. Plein tarif : 5 euros. tarif réduit : 3 euros

 

Source : Cliquez ici



08/08/2012
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